A la faveur d’un déjeuner professionnel, j’ai testé le P’tit Paris.
C’est effectivement très parisien : on y mange moyennement des plats moyens. Seuls les prix, abordables, sont provinciaux…
J’ai voulu goûter une pizza : mal m’en a pris ! La tête, trop finement abaissée, cuite à four trop bas, se dessèche ; l’examen des bords de la croûte montre assez que cette tête n’a pas levé correctement ; sa pâleur raconte l’absence de coup de buée à l’enfournement.Le résultat n’offre aucun moelleux, et se résout sous la dent en miettes agressives…
Mais réussir une pâte à pizza n’est pas à la portée de tout le monde, et l’adage le plus connu de Brillat-Savarin s’applique aussi au pizzaïolo !
Cependant, la tête n’est qu’un support actif à cette fête des sens qu’est la pizza. Enfin, qu’elle devrait être ! En l’occurrence, la déception guette le gourmand. Nul goût à ce plat qui se fasse plus présent que les autres : il n’en est aucun. C’est plat, c’est morne, on se croirait à Waterloo.
D’ailleurs, c’est une défaite…

Mon commensal ayant opté pour de l’animal mort, se vit servir une entrecôte généreuse, large comme les fesses d’une servante d’auberge (d’autrefois. Aujourd’hui, elles sont toutes maigres. A croire qu’elle se nourrissent de ce qu’elles servent), accompagnée de frites. Un classique.
La belle allure de la tranche de viande cachait un petit problème de cuisson, assez curieux : caléfaction irrégulière, du bien cuit au bleu. Une interprétation osée, somme toute, d’une demande de cuisson «  à point »…
Disons un mot des frites : il n’est plus possible aujourd’hui de faire de belles frites, sauf à les blanchir à l’eau vinaigrée, puis à les sécher. La faute aux pommes-de-terre traitées pour éviter la dessiccation, entr’autres.  Alors, plutôt que ces frites molles et caramélisées d’un brun peut appétissant, proposez-donc, amis restaurateurs, des pommes-de-terre sautées !

Désireux de rester sur une (fausse) note italienne, j’optai en dessert pour une panna cotta, un petit peu trop collée à mon goût, mais, bon, on peut comprendre que le cuisinier veuille assurer la prise à tout coup de ce dessert fragile. Cependant, la panne cotta ne tolère pas l’emploi d’ingrédients médiocres : lait frais entier, et crème fraîche sont indispensables. Il est vrai que trouver de la crème fraîche n’est pas chose aisée, est que, par abus de langage, on qualifie ainsi la crème aigre, qui ne dépasse malheureusement pas les 30% de matière grasse. Alors, on lui préfèrera un bon mascarpone…
Ici encore, une absence de goût se faisait cruellement sentir.
Le coulis qui accompagnait ce transalpin dessert était, quant à lui, un peu trop cuit.

Mon camarade de table optait pour un café gourmand, dénomination qui cache, dans l’ombre ténue d’une tasse de café, quelques cuillers des divers desserts de la carte. Un peu comme des échantillons : si on est content, on commande le vrai plat.

Nous sortîmes de table sans que cette commande fût prise…

Le P’tit Paris propose une table perfectible. Cette amélioration souhaitable passe sans doute par une carte plus raisonnée, et bien moins variée : c’est la signature des bons établissements.

On me souffle que le Chef serait une femme. Ceci explique sans doute cela : l’homme cuisine par génie, la femme par atavisme…