J’vais passé une partie de l’après-midi à mettre un saumon au sel, et, du coup, je m’tais fait un sashimi pour goûter.
A l’heure vespérale, je  réalisai tout à coup que je n’avais rien préparé pour dîner. Mon frigo ne recélait, en ses flancs glacés, que des denrées qui demandaient un mijottage. Or, déjà, la faim grondait en moi. Il fallut bien me résoudre à descendre en ville en quête de pitance…
Où aller, à Villeneuve-Sur-Lot, un vendredi soir ? Il fallait se dépêcher : passé neuf heures de relevée, le restaurateur villeneuvois est rétif à l’accueil de chalandise, c’est bien connu !
Je jetai mon dévolu sur le « Pourquoi-pas », établissement que je n’avais visité qu’une fois, ce qui m’avait conduit à répondre à la question que pose son nom par un définitif « parce que ». Mais l’endroit avait changé de propriétaire, on m’en avait dit du bien, et j’avais faim : dans la lueur diffuse d’un brouillard montant se dessinait l’huis : je le poussai et entrai, commençant ainsi un roman selon Frédéric Dard.
Bientôt je fus assis sous un éclairage un peu chiche - j’aime bien voir ce que je mange - et parcourait la carte. La mercuriale devait sembler litanie pour permettre la réalisation de plats aussi nombreux ! Aussi je m’enquis de l’origine et de la consistance des produits : on me répondit fort honnêtement. Mon siège était fait : la Maison semblait de bonne fame.

Ce vendredi, sans fait exprès, se plaçait sous le signe du poisson. J’avais dans la journée plongé mes mains dans les entrailles d’un saumon, je me tournai tout naturellement vers un filet de bar, qui  fut promptement déposé sur ma table par une accorte serveuse.
L’assiette était soignée, joliment présentée, mais sobrement. J’en goûtai d’une fourchette inquisitrice chacun des ingrédients : le poisson, bien sûr, les petits légumes, le riz, tout était parfait. Alors j’ajoutai la sauce, servie à part, simple réduction de crème fraîche citronnée. Il ne manquait à cette sauce que d’avoir été beurrée.
J’optai ensuite pour un vacherin minute à la mandarine. L’idée était intéressante, la meringue craquante, la chantilly ferme et onctueuse. Mais le sorbet laissait à désirer : court en bouche, très certainement par oubli de sel, et d’une consistance un peu pâteuse, assez peu foisonné : trop de glucose ou de pectine ? L’équilibre en sucre étant par ailleurs parfait, ce qui mérite d’être souligné.
Un café dégusté dans la nuit et le froid - cigarette oblige. Mon Dieu, quels temps vivons-nous ? - clôtura ces agapes ma foi frugales : en ce jour de la Passion, j’avais fait maigre ! Un peu à la manière du brave curé de Brillat-Savarin, avouons-le !

Je passai quelques minutes à discuter avec le patron, de sa cuisine et de sa carte. Cette dernière est assez fournie, affichant le terroir d’un côté, et célébrant l’Italie de l’autre. Bon, avec des carbonara comportant des lardons et de l’oignon, quand même : quelle horreur ! Mais le cuisinier serait napolitain : on peut lui pardonner de ne pas connaître la véritable cuisine italienne…

Plaisanterie mise à part, le « Pourquoi-pas » est hautement recommandable. On y est bien accueilli, on y mange bien, pour un prix raisonnable. C’est ainsi que mon repas me coûta vingt-cinq Euros, boisson et café compris. Bien peu d’établissements à Villeneuve peuvent se targuer d’une telle économie pour une telle qualité !
Car le « Pourquoi-pas » est véritablement un restaurant : on y cuisine, quand tant d’autres en ville se contentent d’assembler sans passion et sans art des ingrédients de moindre qualité…

Avant de rentrer, je pris un dernier verre à La Croche, laquelle, il me faut ici le souligner, est bel et bien ouverte. Si, si…