Je ne pensais pas qu’il fût possible de rater des moules marinières.
Eh bien, si !

Il existe à l’angle de la place Lafayette un établissement dont la principale caractéristique est d’essence alternative : en trois ans, je l’ai connu ouvert, puis fermé, puis ouvert, puis fermé, puis ouvert, puis fermé…
En ce moment, il est ouvert. Enfin, je crois.

Ça s’appelle… Oh ben mince, je ne sais plus ! Voyons : la dernière enseigne en date, c’était « La Fabrik » ; le nouvel exploitant n’a pas cru pertinent d’offrir à la vue du public, ne serait-ce que par quelque calicot, le nom de sa gargote ; mais il a  pris soin d’ôter l’enseigne du dernier propriétaire du fonds, ce qui, du coup, laisse apparaître l’avant-dernière dénomination de l’endroit.
Donc, une fois sur place, on ne sait véritablement pas où l’on est. Et on le regrette. Pas de ne pas savoir : d’y être.

Ce vendredi soir, la terrasse est dressée pour une trentaine de couverts. Etonnant, elle est d’habitude plus chichement meublée !
Cette débauche mobilière est tempérée par la vision de la salle, vidée de son mobilier puisque celui-ci se trouve sur la terrasse. Ça paraît déjà vide d’habitude, mais là, ç’a l’air carrément abandonné.

Cette notion d’abandon, d’ailleurs, se retrouve dans le service, puisque tant la direction que le personnel sont indifférents aux demandes des (rares) chalands, demandes qu’il leur faut réitérer (Etiam et estima…) jusqu’à pratiquer le sémaphore pour tenter d’attirer l’attention.
Cela dit, le commerce avec une serveuse n’est pas fait pour rassurer : j’ai rarement vu un service aussi agressif, tant dans l’attitude que dans le verbe. Personne n’a dû apprendre à ces jeunes filles à se tenir correctement, à se montrer accortes, souriantes, voire simplement polies.

Après un demi fort mal servi - je veux dire sans mousse et dans un verre plain à ras-bord (ben, oui, barman, c’est un métier) - les plats arrivent sur la table, flanqués, ô horreur, d’une fourchette en plastique : une assiette de moules, et une de frites.
Bon. Les moules sont froides. Ah, non, celle du dessous sont tièdes. Il s’agit de moules espagnoles, les moins chères qu’il se puisse trouver, minuscules. Chose curieuse, la moitié des coquilles est vide, les mollusque devant nager en cuisine, au fond de la gamelle. Ce qui témoigne d’une caléfaction pour le moins trop longue.
Pauvres bivalves ! S’ils ont cru échapper à leur cruel destin en fuyant dans l’onde, quelle a dû être leur déception ! Car la moule demande pour s’exprimer, fût-ce marinière, un tant soit peu de soins : échalote et persil ciselé, poivre, beurre, vin blanc. Là, le jus au fond de l’assiette n’a pas le moindre arôme : on sent que le queux ou présumé tel a précipité moules et échalotes dans une quelconque gamelle, puis est parti fumer une cigarette ou répondre au téléphone.
Cet immondice est accompagné de frites, annoncées « maison » ur la carte.
La conception du produit « maison », ici et comme malheureusement en de nombreuses gargotes, repose sur le seul geste accompli par le cuisinier. Ici, il a plongé lui-même les frites dans l’huile : elles sont donc « maison. »
A la vue, ces frites dénoncent directement leur qualité de surgelées. Servies non-salées (chacun sait pourtant que la friture se sale dès sortie de bain), elles n’ont de frites que le nom : nous sommes en présence d’un produit bas-de-gamme, au goût de carton (dû à un essorage trop vif avant congélation faisant remonter à la surface du légume une bonne part de l’amidon qu’il contient), plongé dans un bain de friture de mauvaise qualité (infra,*) et sans doute réchauffé au service dans la même huile mais à trop basse température.
Notons au passage que la dénomination action « maison » est ici mensongère.
J’ai mangé deux assiettes ce ces mets : j’avais faim, et il était trop tard pour prétendre manger ailleurs. Mais je n’éprouvai même pas cette trouble délectation qui envahit l’homme mangeant à même la boite des raviolis froids, nuitamment, dans la lumière blafarde du frigo…

Passons au dessert : un tiramisu aux fraises était annoncé.
Le tiramisu, que tout le monde connaît, mais que bien peu savent réaliser correctement, est, pour le écrire un peu rapidement, un appareil de mascarpone et de jaunes d’oeufs blanchis au sucre, foisonné avec le blanc des mêmes oeufs montés en neige, disposé sur un lit de biscuits (ou, mieux, une génoise à l’ancienne) imbibé de café. On connaît des déclinaisons aux fraises, aux framboises, et autres déviances.
Là, ni mascarpone, ni oeufs, ni biscuit : une chantilly et des fraises.
Seconde manifestation de publicité mensongère.

Ces tristes agapes se déroulaient sur un fond sonore particulier : un orchestre pour noces et banquets égrenait mornement quelques titres de variété internationale, et se fût trouvé à sa place dans un ascenseur, y produisant une musique de même métal.
Mais j’avais déjà eu l’heur de me trouver confronté à cette infâme bouillie. Ou? Quand ?
Ah, l’année dernière, à La Croche !
J’en avais tiré quelques lignes. (infra, **)

Nous relèverons pour mémoire l’orthographe incertaine de la carte, en notant toutefois qu’un texte public tissu de fautes manifeste un manque de respect à l’encontre le la langue, des lecteurs, et de soi-même.

 

Une adresse à fuir, donc, du moins en ce qui concerne la restauration...

* J’ai rencontré le lendemain un jeune homme qui s’est présenté comme « le chef » de l’établissement. En conversant, je me suis vite rendu compte que j’étais en présence d’un apprenti, insuffisamment formé même pour le poste de garde-manger.
Il mit un combe à mon étonnement en m’affirmant qu’il faisait ses frites à l’huile d’olive !
Il m’apparut plein de bonne volonté mais parfaitement étranger à la cuisine. Sans doute un lustre d’apprentissage permettrait d’en faire un gâte-sauce convenable. Mais, à ce jour, sa place est à la plonge !

** Voir "Une soirée en ville à VsL

Une soirée en ville à VsL

Une dame glapissait entre deux hommes faits. L'n d'eux tournait carrément le dos au public, et s'expliquait sur une théorie de claviers. L'autre jouait de la guitare, avec l'enthousiasme juvénile d'un comptable à la retraite.

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